5 Février 2018

Convictions 2018 | Stratégie d'investissement

Commentaire de marché

 
Par Jean-Charles Mériaux, Directeur de la Gestion,
et Pascal Gilbert, Gérant
 

Europe first !

 

Une croissance mondiale soutenue par la zone euro

 

Au plus haut depuis 10 ans, la croissance économique mondiale, donne lieu à des anticipations encore positives. La Banque Centrale Européenne (BCE) révise ses attentes pour 2018 de 1,8% à 2,3% dans la zone euro ainsi que la Réserve Fédérale Américaine (FED) de 2,1% à 2,5% pour la même période. Les indicateurs avancés, toujours bien orientés, offrent une visibilité excellente sur le 1er semestre. L’IFO[1], par exemple, demeure à son plus haut historique.

L’output gap[2] s’est refermé et le marché du travail donne déjà quelques signes de tension dans les pays les plus dynamiques (Etats-Unis, Allemagne mais aussi dans les pays limitrophes, Pologne, Hongrie …). Le chômage va poursuivre sa décrue. Ce sont chaque mois près de 100 000 chômeurs de la zone euro[3] qui vont retrouver une activité et contribuer à la croissance. L’outil de production, aussi, apparait particulièrement sollicité en Europe et des investissements significatifs doivent voir le jour.

Nous avons une conviction forte sur l’économie de la zone euro, France en tête. Depuis fin 2015 la croissance de la zone euro est supérieure à celle des États-Unis. Elle sera encore proche en 2018. Pour la première fois depuis 25 ans, elle n’est pas soutenue par le déficit budgétaire et par des politiques de relance, alors que cela restera le cas aux Etats-Unis et au Japon en 2018.

La France est le premier pays où nous avons envie d’investir aujourd’hui. C’est le pays qui offre la meilleure visibilité politique. Nous n’avions pas vu une dynamique et un climat économique aussi favorables depuis plus de 10 ans. La confiance est là.

La croissance japonaise donne, elle aussi, le sentiment d’être repartie durablement, pour la première fois depuis 25 ans. Celle de la Chine, certes en ralentissement très graduel, reste parfaitement pilotée. Sur les pays émergents, si cela va mieux, le retour des tentations protectionnistes, apparait toujours comme une épée de Damoclès pour certains d’entre eux.

La thématique de l’inflation, sous-pondérée par les marchés depuis une dizaine d’années, sera essentielle en 2018. La hausse des prix sera progressive et probablement plus importante aux États-Unis, où le cycle est plus avancé. Un léger regain d’inflation devrait permettre aux Banques Centrales de valider la pertinence de leurs modèles et de leurs interventionspassées. L’heure de vérité a maintenant sonné pour encore renforcer leur crédibilité.

Toute sortie de capitaux de la zone euro représente un risque. Nous en avons la conviction depuis deux ans déjà. Avec des déficits jumeaux[4] qui dépassent 6% du PIB[5] aux Etats-Unis, le dollar pourrait, en effet, être plus faible d’ici à 12 mois. La zone euro est quasiment en double-excédent, commercial et budgétaire, à l’exception de la France. L’euro est ainsi une monnaie forte qui va continuer à s’apprécier à moyen terme.

«Chi va piano va sano e va lontano»[6]. La tendance à la restriction monétaire,lente mais continue, est le signe d’un retour à la normale. Les Banques Centrales veillent à ce que l’huile qu’elles mettent dans les rouages pour
faire tourner le moteur de la croissance ne se transforme pas en huile sur le feu. Pour elles, l’enjeu est peut-être de se montrer un peu moins « lisibles » pour prévenir les bulles naissantes.

Le couple rendement-risque est peu attractif sur les obligations. Sans croire au scénario de krach obligataire, nous restons vigilants sur la classe d’actifs qui touche un plancher en termes de rendement. La sécurité et la rareté font, cependant, que la dette d’État restera chère. Sa décorrélation aux actions justifie pourtant sa place dans une allocation d’actifs à des fins de diversification. Les titres indexés sur l’inflation sont à privilégier dans une logique de regain, même modéré, de la hausse des prix.
Les obligations corporate[7] voient s’accumuler les risques de liquidité, de volatilité et de défaut. La catégorie investment grade[8], qui est la plus sécurisée, ne rapporte, par exemple, que 0,2 % en taux nominal sur les
maturités courtes, de 3 à 5 ans. Le maître-mot pour trouver de la valeur en 2018 sera la mobilité, notamment sur les émetteurs d’obligations convertibles.


La poursuite d’une normalisation monétaire en douceur doit, au contraire, inciter les épargnants à prendre un peu plus de risque sur les marchés actions. Les fondamentaux économiques exceptionnels favorisent les actions de la zone euro. La valorisation des actions ne paraît pas excessive, avec un PER[9] estimé 2018 à 14,5 fois. Nous maintenons une forte conviction sur la value qui affiche un multiple valeur d’entreprise/Ebitda[10] inférieur à la moyenne historique.

Achevé de rédiger le 10 janvier 2018.

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[1] Indicateur mensuel de la confiance de 700 chefs d’entreprises allemands.
[2] Ecart de production. Ecart entre le niveau réel du produit intérieur brut (PIB) et son niveau potentiel : la production potentielle.
[3] Source : Eurostat
[4] Déficit budgétaire et commercial cumulés.
[5] Produit Intérieur Brut.
[6] « Qui va doucement, va sainement et va loin ».
[7] Obligations d’entreprise.
[8] Titres correspondant aux obligations émises par les emprunteurs qui reçoivent une note allant de AAA à BBB- par les agences de notation, selon l’échelle de Standard & Poor’s.
[9] Price Earning Ratio, ratio cours sur bénéfices.
[10] Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization. C’est le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement. C’est un indicateur proche de l’excédent brut d’exploitation (EBE) utilisé pour mesurer la profitabilité économique d’une entreprise.

 

  Par Jean-Charles Mériaux, Directeur de la Gestion, et Pascal Gilbert, Gérant   Europe first !   Une croissance mondiale soutenue par la zone euro   Au plus haut depuis 10 ans, la croissance économique mondiale, donne lieu à des anticipations encore positives. La Banque Centrale Européenne (BCE) révise ses attentes...
2018-02-05