23 Juin 2015

"Nous sommes sereins sur les actions" par Philippe Champigneulle

Conjoncture

Par Philippe Champigneulle,
Gérant
 
  • Les investisseurs ont subi un véritable choc de duration sur le marché obligataire
  • Nous voyons le Bund 10 ans se stabiliser en dessous de 1% d’ici fin 2015
  • Nous attendons de bonnes surprises sur les résultats des entreprises
  • Les actions européennes offrent de bien meilleures perspectives que les obligations
  • L’allocation en actions du fonds Eurose est à son plus haut niveau historique
 
Au cours du mois de mai, les marchés ont connu une forte volatilité

La hausse brutale des taux - le Bund 10 ans est passé de 0,07% à 1% entre le 20 avril et le 10 juin - a créé un véritable choc de duration pour les investisseurs. Jusque là, tout le monde semblait penser la même chose : la croissance repartait en douceur, l’euro allait continuer à baisser pour atteindre la parité avec le dollar, le pétrole allait rester bas pour encore un bon bout de temps. D’énormes liquidités avaient été investies dans ce scenario, que ce soit de la part des hedge funds, pour des raisons spéculatives, ou des institutionnels dans leur recherche désespérée de rendements. Quant aux émetteurs, ils ont su tirer parti de la situation en plaçant des montants très élevés d’émissions, 130 milliards d’euros pour le seul crédit investment grade par exemple, depuis le début de l’année. Fin avril, cette belle unanimité vole en éclat et les taux se tendent brutalement. Le dossier grec, notamment, joue le rôle de catalyseur de volatilité dans l’attente de la conclusion d’un accord avec les créanciers. Les investisseurs prennent conscience que leurs projections, un Bund 10 ans à 0% fin 2015, étaient peut-être erronées. L’inflation montre des signes de reprise et la croissance semble plus élevée qu’attendu initialement. Cette dernière serait supérieure à 2% en Allemagne et l’inflation en zone Euro atteindrait 1,5% en 2016 selon le Président de la BCE.

Ce mouvement est-il exagéré ?

Non, pour qui adopte une approche fondamentale et se préoccupe du retour de la croissance et de l’inflation en zone euro. Oui, pour ceux dont l’approche est purement quantitative et considèrent donc que l’afflux de liquidités générées par les rachats massifs de titres de la BCE, 60 milliards par mois, va calmer le jeu. Chez DNCA, nous voyons les taux monter en Europe mais de manière limitée en raison, notamment, de l’existence de capacités de production excédentaires, d’un chômage élevé et d’une inflation qui reste bien inférieure à l’objectif de 2%. Le Bund 10 ans devrait atteindre un niveau proche de 1% d’ici la fin de l’année.

Plus précisément, la courbe des taux va continuer à se pentifier en Europe, la BCE poursuivant sa politique monétaire expansive avec le maintien de taux directeurs autour de 0% et la poursuite de son programme LTRO.

L’euro devrait, par conséquent, continuer à baisser contre le dollar. Aux Etats-Unis, nous nous attendons au même type de surprise sur la croissance qu’en 2014. 0Après un début d’année affecté par des conditions climatiques difficiles, celle-ci devrait rebondir au second semestre. Dans ce contexte, il est probable que la Fed relève ses taux avant la fin de l’été, avec, selon nous, peu d’impact sur le marché obligataire en Europe. Au delà de cette hausse des taux, déjà bien anticipée par le marché, la question de la taille du bilan de la banque centrale sera le prochain sujet de préoccupation majeur, mais seulement à partir de l’année 2016.

Même si nous trouvons le marché encore cher, nous profitons de la volatilité pour reprendre un peu de risque de manière très sélective. La sensibilité de la part obligataire du fonds est actuellement de l’ordre de 1,90. Les obligations représentant 64% des actifs, la sensibilité pondérée du fonds s’élève à un peu plus de 1,20.

En revanche, nous sommes sereins sur les actions

La correction récente peut, au contraire, donner de belles opportunités d'achat d'ici la publication de résultats semestriels. Nous pensons, en effet, que le marché européen devrait tenir malgré la hausse des taux car celle-ci sera dans un premier temps contenue. Autre raison d’être optimiste, nous pensons que la publication de bons résultats par les entreprises va soutenir le marché. Les bourses, qui ont déjà engrangé une belle performance cette année, ont été principalement tirées par des facteurs extérieurs, des taux quasi-nuls, un euro faible, un pétrole bas. Il est temps que les résultats des entreprises prennent le relais. Ceux qui seront publiés cet été devraient, selon nous, ménager de bonnes surprises. En effet, la parité euro / dollar et le pétrole restent à des niveaux très confortables par rapport à 2014. La BCE poursuit sa politique de soutien à l’économie. Les gouvernants de la zone euro se doivent de trouver une solution au problème grec, même si le risque d’un défaut de paiement pour des raisons techniques reste toujours possible. Le danger ukrainien, qui représente une menace importante pour la croissance allemande, semble beaucoup moins prégnant qu’en 2014. Pour toutes ces raisons, nous préférons les actions aux obligations. Signe de cette confiance, l’allocation en actions du fonds Eurose, 30% aujourd’hui, est à son plus haut niveau historique.

Texte achevé de rédiger le 23 juin 2015 à Paris.

Par Philippe Champigneulle, Gérant   Les investisseurs ont subi un véritable choc de duration sur le marché obligataire Nous voyons le Bund 10 ans se stabiliser en dessous de 1% d’ici fin 2015 Nous attendons de bonnes surprises sur les résultats des entreprises Les actions européennes offrent de...
2015-06-23